Les pierres de l’est

Les enfants des pays conquis
Chantent la nuit près des bateaux
Et bavent leur mélancolie
Qui,sans bruit, en fait des héros.

Les enfants aux idées blasées
Lèchent le sang des caniveaux
Et, s’en saoulant comme à regret
Hurlent des hymnes inégaux.

Les enfants aux regards glanés
S’apprivoisent de leur conscience
Et, devant les chars étrangers
Se réfugient dans la souffrance.

Les enfants aux rides précoces
Gardent leur croix écartelée
Et, se souviennent de ces noces
Où ils vivaient de leurs huées.

Les enfants aux cœurs châtiés
Marchent dans l’ombre des égouts
Abrogeant la nécessité
De masquer leurs glas dans la boue.

Les enfants aux espoirs griffés
Souillent leurs mains d’humbles vaincus
Parmi les vœux balbutiés
Et l’allégorie des affûts.

Les enfants des pays conquis
Avouent la nuit, près des bateaux
Et bavent leur drapeau noirci
Par des cris immémoriaux.

Les enfants des pays conquis
Meurent la nuit, près des bateaux
Avant de sombrer dans l’oubli
Et dans la gloire des tombeaux.

Goussainville, le 30 janvier 1973

Camille de Archangelis
Poème extraits de : «Le mal d’amour»
Editions Caractères 1973

1975 Prix d’excellence concours du Club International de Relations Epistolaires
1976 Médaille d’argent huitième grand concours international de Lutèce
1978 Mention d’honneur grand prix Hutin-Desgrées de l’Ile des Poètes


L’impasse ( second extrait )