La caravane se déplace dès l’aube pour ne s’arrêter que tard dans la nuit. Les caravaniers font la majeure partie du trajet à pied et ne montent sur leurs méharis qu’au moment des plus grosses chaleurs. Ils ne font pratiquement pas de pause. Nourritures et boissons sont prises en marchant. Les sabots des bêtes crissent sur la croûte désertique raidie par le soleil et le vent.

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Progressivement, ils voient le paysage se soulever en collines rondes. Les ombres des dromadaires se déplacent maintenant sous leur ventre. C’est l’heure la plus chaude du désert, mais aussi la plus calme. Ali, le chef, se trouve en tête.
Assal, crie Ali au détour d’une petite colline.
Bahr el Assal « la mer de miel », souffle Ali à l’oreille d’Amanuel.

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Le lac est dominé par une petite falaise gypseuse. Ali décide d’y établir le campement. En face, la vallée et les collines ne sont qu’un amas informe de laves, de scories, de chaux, de madrépores et de minerais de toutes sortes. Ce site, morne et désolé, ressemble sous ce soleil de feu à un véritable coin de l’enfer.

Des sauniers partent immédiatement en reconnaissance pour choisir les zones d’extraction du sel. Amanuel se joint au groupe. Il désire au plus vite repérer les lieux afin de décider d’un itinéraire pour la suite du voyage. Son frère reste avec les hommes chargés de la surveillance du campement et des animaux.

Amanuel et ses compagnons empruntent la vallée profonde d’un oued où serpente la route des caravanes. Ils continuent et arrivent au lac Assal. Une pauvre végétation marine en couvre les bords. Ils se dispersent, chacun connaît son rôle. Amanuel réussit à se frayer un passage lorsque brusquement il est mis en éveil par le murmure d’une cascade. Il se dirige péniblement, guidé par le bruit sans cesse grossissant, vers un massif d’épineux. À ses pieds, une eau cristalline et diaprée se précipite impétueusement vers le lac. Il y aura de l’eau pour les bêtes et les hommes.

Daniel Boulon extraits de : « Mirages »
Editions Les Nouveaux Auteurs, 2011