Un jour de pluie

Par un matin d’avril, un peu avant minuit
Je marchais au hasard, sans plaisir évident
Au cœur d’une cité où, plongé dans la nuit
Chaque chemin nouveau ressemble au précédent.

Quelques gouttes de pluie mouillèrent le bitume
Je restais sans bouger, étourdi par l’orgueil
D’avoir un jour prochain une gloire posthume
En écrivant ici mon ultime recueil.

Sans hâte j’ai cherché un arbre ou un sous-sol
Avec pour seul motif de pouvoir m’abriter
Dès que j’aurai fini ma bouteille d’alcool
Pour me donner le temps de pouvoir hésiter.

Maintenant j’avais froid et il pleuvait à verse
Quand, presque par erreur, j’ai poussé une porte
Au centre du ghetto qu’un corridor traverse
Elle était devant moi, pâle comme une morte.

Sa splendeur effaçait le hall aux murs lépreux
Et je l’ai contemplée dans un silence lourd
Dans sa robe grenat de tulle vaporeux
Elle a fait naître en moi un éternel amour.

Dans cet endroit jouxtant la gare de triage
J’ai puisé dans l’éclat de son regard furtif
La promesse ambigüe du prochain mariage
Qui sera désormais mon unique objectif.

Mais je suis resté là, au comble de l’angoisse
Et le temps s’est enfui seconde après seconde
Alors que j’attendais que ma terreur décroisse
Dans cette ville obscure où le tonnerre gronde.

Camille de Archangelis
Poème extrait de
« Quand l’avenir s’effondre » Editions Tangerine Nights