« Tu ne laisseras pas en vie la magicienne »
(Exode, XXII, 17)

Aujourd’hui, la ville d’Arles s’éveille plus tôt que de coutume. L’angélus n’est pas encore descendu de ses clochers que les rues commencent à s’animer et les places à retentir de ce bruit grondeur de pas et de voix qui toujours est l'annonce d'un événement peu commun. À entendre les sourdes et menaçantes rumeurs qui montent de la cité pour aller caresser l’oreille des juges, on pourrait croire que la sentence ravit le peuple. Rien pourtant n’est moins vrai, car la grande majorité des manants de la ville voit avec déplaisir les préparatifs de cette exécution. Le nom de Guillaume Rustin inspire tant de haine qu’ils, sans la crainte qui l’accompagne, ne pourraient la déguiser. Aussi n’expriment-ils leurs opinions qu’entre eux et dans leurs logis. Ailleurs et devant des étrangers, leur répulsion pour le dominicain n’a pas de termes pour se faire entendre, de gestes pour se faire deviner.

Ce samedi 5 avril 1586 est une bien triste journée. Le drame touche à son dénouement. Il est huit heures du matin. Anne, ma mère va mourir, victime de la méchanceté, de la fourberie et de l’injustice des hommes. Guillaume mène à terme son abominable mission en sacrifiant sur le bûcher une innocente accusée de sorcellerie. Les magistrats me font pourchasser depuis son arrestation le 29 mars, jour de l’anniversaire de son baptême, et j’ai été interpellé, hier soir, lors d’une ultime tentative pour la sauver des flammes.

Daniel Boulon extraits de : « Vengeances et trahisons »
Sokrys Editions 2012