Profanation

Dans l’alcôve où s’attarde une pucelle exsangue
Qui castre mon triomphe et châtie ma laideur
Je transcris le complot que mon orgueil harangue
Verrouillant l’esplanade où gronde son odeur.

Délaissant le projet d’une injuste grossesse
Elle accepte les torts d’un rendez-vous risqué
Pour permettre en surplomb d’une folle bassesse
Que réapprenne à vivre un prêtre défroqué.

Contestant par avance un prêche rigoureux
Elle dénie aux juifs le droit de l’accuser
Et nomme les acteurs d’un hallali fiévreux
A un juge courtois qu’elle peut récuser.

Elle sort à tâtons d’une incroyable gigue
Blasphémant avec soin pour ne pas s’expliquer
Et les gosses criards se moquent de l’intrigue
Pour choisir le divan où ils vont forniquer.

Près du ruisseau chétif qui prolonge l’impasse
J’ai semé mon chagrin où scintille le houx
Et mon brassard mielleux ôte sa carapace
Exhibant le scalpel d’une brève interview.

A l’instar des joueurs d’orgue de Barbarie
Qui rouvrent les tombeaux où luit Machiavel
J’accompagne un pasteur qu’un bonze contrarie
Vers un bain imprévu dans de l’eau de Javel.

Camille de Archangelis
Poèmes extraits de : « A la croisée des chemins »
Editions La Bruyère 2002