I

Ce n'est pas tout à fait à tort
Si les souvenirs arrivent les soirs d'hiver

Ces instants de lassitudes
Qui annoncent des nuits interminables

Quand le sucre croustille encore dans la tasse à café

Comment était le visage de la mère ?

Il faudra bien
Se débarrasser de nos vieux manteaux
Se rapprocher du feu salvateur

Continuer à consigner les maux
Dans les marges de son carnet de bord

II

Demain

Il faudra ranger les piles de livres
Qui traînent à même le sol et la poussière

Laisser venir à toi
Ces visages qui n'ont déjà plus de visage
Qui te tenaillent la tête

être à l'écoute
De la grande horloge
Qui trotte et se lave les mains
De ce temps qui te dépasse

III

Peut-être
Que quelqu'un viendra
Ouvrira la porte
Fera quelques signes

Peut-être
Un bout de femme
à la poitrine volontaire
Sous une robe blanche
Au regard étonnamment poupon
T'apportera de beaux croissants
Avec beurre et confiture !

Nous dégusterons des vins capiteux
En nous prélassant sur de hauts oreillers

Dans la confidence de nos peines
Pour étancher les larmes

IV

Tu n'ouvriras pas la TSF
Pour les 5 dernières minutes

Tu termineras la nuit
La pipe à la main
Songeant encore à traverser le monde
Plongé dans la lecture de quelques poèmes

Baudelaire, Artaud, Cadou

Richard Taillefer
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